Anatomie comparée des jouets de ma chambre

1997

La série Anatomie comparée des jouets de ma chambre date de la fin des années 1990. J’ai acheté mon premier ordinateur en 1997, à la suite d’un stage de deux mois de formation dans une agence de communication. J’avais déjà vu les travaux des artistes Aziz & Cucher à la Fondation Cartier en 1995 ou 1996 ; leurs images m’avaient paru folles. Je m’étais renseigné sur la manière dont elles étaient réalisées, et un médiateur m’avait parlé de Photoshop, un logiciel de retouche d’image. Ce logiciel permettait de peindre sans toucher un pinceau : je fus d’emblée fasciné par l’outil et décidai de le maîtriser. Ce fut une révélation : je pouvais fabriquer des images sans subir les reproches liés à la peinture figurative. À cette époque, au début du tout numérique, les robots relevaient encore de la science-fiction ; moi qui avais tant aimé Planète interdite et Star Wars, c’était comme peindre en regardant la télévision.

À cette période, jeune papa, la proximité avec la petite enfance me renvoyait à ma propre enfance et aux objets qui servaient de supports de jeu et de rêverie. Je choisis de poursuivre mes recherches sur le kitsch pavillonnaire dans lequel j’avais grandi. Entre 1997 et 2001, j’ai fabriqué une trentaine d’images avec Photoshop. Le principe de la série consistait à assembler du papier peint scanné, à scanner des jouets (Big Jim, Barbie, petits soldats, etc…) et à y intégrer mon visage d’adulte en montage numérique. L’effet produit par mon visage sur ces objets de fabrication industrielle était très fort et convaincant en 1997. C’est en 2000 que j’ai exposé cette série à l’École d’arts plastiques de Châtellerault. Un ensemble d’images y figurait, imprimé sur papier couché puis contrecollé sur PVC, en grand format (150 × 100 cm). À l’occasion de cette exposition, j’ai offert un petit tirage d’un essai imprimé à la maison. Ces frères de la côte est une boule à neige achetée à Cancale lors de mes études aux Beaux-Arts de Rennes ; ces deux figures réunies en une seule évoquent une forme de schizophrénie, celle d’être plusieurs personnes enfermées dans une boule, sur fond de papier peint. Un moi multiple aux rictus ridicules, pour un effet comique.

Assez rapidement, cette technique est devenue obsolète et ces images sont restées associées au kitsch ; je les ai peu montrées et diffusées. La plupart des tirages ont été détruits. J’ai ensuite orienté mon travail vers l’archive et la mémoire, réalisant plusieurs images, dont la série Headless. Depuis l’arrivée des robots dans la création, j’ai complètement délaissé la souris d’ordinateur pour me consacrer à la peinture et au dessin, afin de produire des images fabriquées à la main. Les ordinateurs ne sont plus qu’un outil parmi d’autres.

Still life