Video Flash / installation

Destroy Wallpaper


https://vimeo.com/erwanvenn

https://vimeo.com/187208220

Parade

Sambre et Meuse
versus
Alte kameraden

Installation video
Salle 1940
Musée des Blindés de Saumur, 2013.

Combats homériques figurant sur les vases grecs, Batailles de Paolo Uccello, odyssée napoléonienne magnifiée par le Baron Gros, souffrance outragée de Guernica, univers guerrier des jeux vidéo, sans oublier la photographie de presse qui a raconté le XXème siècle, la représentation des conflits armés s’inscrit dans une longue tradition d’expression artistique et visuelle.

Cette question a naturellement tenu une place centrale dans le cycle de deux années, 2012 et 2013, qui a conduit l’Ecole d’art à collaborer avec deux musées incontournables de Saumur, le Musée de la cavalerie et le Musée des blindés, dont les collections contribuent au rayonnement culturel et touristique de la ville et de son territoire. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre du dispositif Artiste associé, Ecole du regard, mis en place par Silvio Pacitto, directeur de la Culture et du Patrimoine Historique de la Ville. Le principe est d’inviter des artistes à porter un regard singulier sur telle ou telle réalité de la cité, ce regard nourrissant les contenus pédagogiques de l’Ecole d’art tout en permettant aux Saumurois de redécouvrir leur environnement quotidien.

Revisiter l’histoire toujours actuelle de la cavalerie militaire à Saumur s’imposait. En 2012, le sculpteur Gilles Fromonteil a donné sa vision d’une des plus terribles batailles d’Empire en installant dans les salles du Musée de la cavalerie son étrange service de table en porcelaine. Après la cavalerie à cheval, c’est de la cavalerie motorisée dont il est question ici avec Parades, Sambre et Meuse versus Alte Kamaraden, création originale d’Erwan Venn au coeur du Musée des blindés.

Il n’était pas simple sur le papier de convaincre un artiste de venir s’affronter aux mastodontes de fer et d’acier du musée des blindés. Encore fallait-il que son travail soit à même de résister à l’imposante présence de ces pièces de collection, objets de fascination pour certains, d’inquiétude et d’angoisse pour d’autres. Il fallait aussi que la recherche de l’artiste se nourrisse d’interrogations sur la guerre et sur l’Histoire. Car en réalité le Musée des blindés nous raconte une Histoire du XXème siècle.

Peu d’artiste s’intéressent aujourd’hui à ces questions avec autant de passion qu’Erwan Venn. Marqué par le souvenir douloureux de la seconde guerre mondiale entendu et ressenti au sein de sa famille, il s’est penché sur cet épisode dramatique qu’est la défaite française de 1940. Grand lecteur, il a presque épuisé la littérature sur le sujet, cherchant à comprendre comment ce cataclysme avait été possible.

Vivant à Saumur il y a quelques années, Erwan Venn était un visiteur assidu du Musée des blindés, dont il percevait que les collections entraient en écho avec un questionnement qui déjà le taraudait. Exposer cette œuvre nouvelle, qu’il a créée pour l’occasion, est donc la réalisation d’un vieux rêve ou pour le moins d’une vieille envie.
Parades est une installation vidéo et sonore qui fait appel à l’interactivité. C’est en effet le visiteur qui déclenche son fonctionnement en cliquant sur l’une ou l’autre souris mise à sa disposition. Selon le dictionnaire Larousse, une installation est une oeuvre d’art contemporain dont les éléments, de caractère plastique ou conceptuel, sont organisés dans un espace donné et à la manière d’un environnement.

En décidant d’utiliser ce moyen artistique qui s’est développé à partir des années 1960, médium à part entière aux côtés de la peinture, de la sculpture ou de la photographie, Erwan Venn a choisi l’outil le plus approprié pour donner sa vision de la campagne de mai 1940, ce moment terrible de l’histoire de la France et de l’Europe, qui est raconté dans la salle du musée des blindés où l’oeuvre est installée.

Face à un char Tigre, l’une des plus effrayantes machines de guerre jamais conçues, on pénètre dans une salle de projection où sont présentés deux films d’animation projetés sur quatre écrans. Ici, deux protagonistes se confrontent : d’un côté le Panzerkampfwagen III allemand de 1938, de l’autre le S.O.M.U.A S 35 français, son contemporain. Ce sont ces deux blindés qui s’affrontèrent en France en 1940. Les deux chars sont physiquement présents, et donc visibles à proximité. Le premier dans la salle Allemagne du musée où est située l’installation, le second dans la salle consacrée à la France, que le visiteur du musée aura précédemment traversée.

Sur fond sonore de Alte Kamaraden, marche militaire prussienne de 1890, l’animation mettant en scène le Panzerkampfwagen III démarre sur le dessin du char qui devient un motif destiné à se démultiplier à l’envi pour former un groupe compact.
Naît ensuite le chaos d’une mer de glace, allusion à un tableau de
Caspar David Friedrich, le grand peintre romantique Allemand qu’Adolf Hitler admirait. L’animation s’achève sur le retour au dessin froid et technique du char Panzerkampfwagen III.

C’est sur l’air patriotique Sambre et Meuse, composé dans les années 1870 à la mémoire des armées de la Révolution, que la partie française s’anime. Là encore, cela commence avec le dessin du char, le S.O.M.U.A. S 35 recouvert d’un motif de camouflage. Invention française lors de la première guerre mondiale et avatar de la modernité des peintres cubistes recrutés pour les besoins du conflit, le camouflage tient ici une place prépondérante. En effet, le char Allemand de 1940 était simplement peint en vert de gris, alors que le S.O.M.U.A. S 35 était recouvert de plus de six schémas de camouflage différents et de 16 nuances de couleurs. Cela en faisait presque un char artistique.
S’esquisse alors La liberté guidant le peuple, de Delacroix, peinture emblématique de la République peinte pour les journées de Juillet 1830. Elle arbore la même gamme de couleurs que les camouflages et s’inscrit en contre-point de La Mer de glace de Caspar David Friedrich. Deux cultures, deux processus dans la constitution de l’Etat Nation s’affrontent ici, alors que les motifs de camouflage français semblent s’animer sans grande conviction sur l’air pourtant martial de Sambre et Meuse.

Les signes qui apparaissent à la fin de l’animation – As de couleur verte, rouge, bleu ciel et bleu marine – indiquent les unités qui combattirent pendant la campagne de mai 1940. Le film s’achève avec la cocarde bleu-blanc-rouge et le retour au dessin technique du char S.O.M.U.A S. 35. Une certaine forme de « réalisme » dépourvu de tout artifice décoratif caractériserait le totalitarisme et son déferlement sur l’Europe dans la première animation, alors que la démocratie, peu encline à la guerre, aurait opté pour une abstraction lui permettant de se camoufler pour éviter le conflit, ce que montrerait la seconde.

« Parades », comme toutes les oeuvres d’art, n’a pas pour ambition de répondre à ces questions. Elle ne fait que les susciter et les provoquer. Il n’empêche, Erwan Venn, au regard de cette histoire qui opposa tant de fois les deux peuples situés d’un côté et de l’autre du Rhin, nous rappelle que c’est au XIXème siècle que cette inimitié profonde, heureusement oubliée aujourd’hui, s’est forgée.

En conclusion, pensons au tableau de Gustave Courbet intitulé Les Demoiselles de bord de Seine, peint bien avant que ces conflits n’éclatent. On y voit deux femmes alanguies, étendues dans l’herbe d’un coin d’Ile de France, dont la présence picturale semble pouvoir résister à tous les blindés du monde. S’il est considéré comme le maître de ce qu’on appelle le Réalisme en peinture, Courbet représente une étape décisive sur le chemin qui mène à l’art moderne, d’où émergera le cubisme et l’abstraction qu’on retrouve sur le char S.O.M.U.A. S 35.

Ces paradoxes nous démontrent une fois de plus que rien n’est plus complexe que l’art et c’est bien tout l’intérêt de la création qu’Erwan Venn nous présente au Musée des blindés de ne pas se donner naturellement à la compréhension tout en nous ouvrant des horizons insoupçonnés de réflexion.

Jean-Luc Dorchies

 

A la conquête de l’espace

À LA CONQUÊTE DE L’ESPACE !
Vidéo, dessin et composition sonore
Durée: 6 mn

Entretien avec Erwan Venn

Erwan Venn s’est livré, au cours d’un entretien, à une explication des tenants et aboutissants de sa pratique artistique, et a révélé comment le travail sur les archives du programme Diamant s’était intégré dans une continuité de réflexion autour du souvenir et de la relativité des récits historiques. Il évoque, pour expliquer son oeuvre À la conquête de l’espace, à la fois son histoire personnelle et son rapport à l’espace et à ses représentations. S’exprimant avant tout par l’image, c’est tout naturellement que pour entamer l’entretien, il propose des images qui ont été marquantes dans sa vie, à commencer par une photographie du papier peint qui tapissait les murs de sa chambre d’enfant en Bretagne, thème central de sa recherche esthétique.
« C’est l’original. Il y avait du papier peint partout, aux murs, dans les placards… c’était une période comme ça. Et comme je suis asthmatique, j’ai passé des heures à rêvasser sur ce papier peint, à imaginer plein de choses… et donc me voici quand j’étais enfant (photo de lui vers 6-7ans), mes vêtements étaient recouverts aussi de motifs. On est une génération qui était submergée de motifs… ça a duré, je pense, des années 1960 jusqu’au début des années 1980, la période Pompidou-Giscard ».

Ce déferlement de motifs et du décoratif s’inscrit au coeur de l’oeuvre qu’il a créée pour l’exposition INterDÉPENDANCE et dans laquelle le papier peint vidéo projeté est peu à peu recouvert par d’autres motifs qui apparaissent de prime abord comme des éléments de décoration mais se révéleront être des dessins techniques extraits des archives de la fusée Diamant et du satelliteA1.
Sa volonté pour cette oeuvre, comme pour toutes les autres, est de projeter au-devant des spectateurs un espace en mutation perpétuelle. Son oeuvre s’adresse aux sens, elle joue de la vision, avec la projection, mais aussi de l’ouïe, avec la bande-son composée d’extraits d’archives sonores. C’est peut-être son rapport au corps et à son empêchement – il est, on l’a vu, asthmatique– qui l’oriente vers cette approche physique de l’art. «J’ai longtemps été un corps avant d’être une personne.»

Il privilégie dans son approche de l’art l’impact sensoriel d’une oeuvre. «Ce qui me plaît, dans l’art, c’est cette approche possible par le physique, sans intervention de l’intellect, cette possibilité d’être assailli physiquement par quelque chose. L’intellectualisation n’intervient qu’ensuite. J’adopte cette logique dans ma démarche, d’abord je travaille, je fais les choses, et une fois que je les ai faites, j’essaye de comprendre pourquoi elles sont là. En fait, je pense que l’intellect est une conséquence du travail. C’est essayer de comprendre avec des outils comme la philosophie, l’histoire, les « culturals studies » . En tout cas, dans ma pratique, ce serait une erreur de faire l’inverse, on verserait dans l’illustration et ça n’est pas le propos »

Au-delà d’un défilé mouvant de motifs, c’est donc bien une interrogation historique des archives du programme Diamant qu’Erwan Venn propose dans son oeuvre. Il se place dans une perspective artistique et questionne le récit porté par ces archives, celui d’une technique mais aussi d’une époque révolues. Sa volonté de compréhension des oeuvres qu’il crée l’entraîne à se renseigner sur le contexte de ces archives, il y recherche les éléments qui entrent en résonance avec ses souvenirs.
«Quand j’étais étudiant, je préférais me pencher sur les livres d’histoires et les archives… et, en ce qui concerne les archives, je me les réapproprie afin de raconter mon histoire… parce que l’histoire est aussi une forme de fiction…»

Avec une démarche proche de celle de l’archiviste, Erwan Venn collectionne des éléments divers, les trie puis les recombine dans une construction qui formera l’oeuvre. Chaque module est combiné pour donner forme, dans la réalité, à une construction mentale, un scénario. Il crée ses oeuvres selon un processus itératif, après avoir accumulé les récits autour de son thème, il empile les éléments pour constituer la fiction de l’oeuvre et y intègre son point de vue. L’histoire racontée par l’oeuvre se base sur l’accumulation des récits et leur transformation pour répondre au souvenir. Par cette réappropriation de l’archive et de son récit, il raconte son histoire personnelle, où la conquête spatiale se mêle à son éducation catholique.
« A chaque fois que j’ai des projets comme celui-ci, j’ai l’impression que je vais pouvoir ouvrir une autre porte sur des souvenirs oubliés qui, pour ce projet, m’amènent à m’interroger sur l’opposition, la complémentarité ou bien la dichotomie entre progrès et croyance. C’est la première idée qui m’est venue, et je pense que cela a continué de m’habiter depuis. » L’espace est donc pour lui le support d’une interrogation presque mystique. Le Ciel est le domaine divin, l’explorer, c’est abandonner les frontières et les limites terrestres, c’est comprendre le mystère de la Création. Ainsi, dans son imaginaire, la pop culture autour de l’espace, qui passe par la science-fiction, se mêle tout autant aux progrès techniques et aux découvertes scientifiques qu’à un mysticisme catholique.
« Je suis une espèce de catholique zombie. Jusqu’à l’âge de 12 ans, j’allais à la messe, et cela m’a vraiment structuré. Quand j’étais enfant, je mettais en parallèle le voyage dans l’espace, l’exploration du ciel, la prière… j’avais envie d’établir une analogie entre le cosmonaute et le curé… parce que c’est pareil, c’est une question de croyance, de foi en Dieu ou en la science. Et de la même façon que les croyances religieuses déclinent, la foi dans le progrès elle aussi s’est érodée ; c’est visible depuis l’accident de Tchernobyl et l’explosion de la navette spatiale Challenger en 1986, depuis les grandes catastrophes industrielles, depuis l’accroissement de la pollution. On ne croit plus au mythe du progrès, et donc j’aime mettre ces deux choses-là en regard l’une de l’autre.»
Tout d’un coup, la foi dans le progrès vacille devant la preuve que notre maîtrise scientifique et technique n’est pas aussi totale qu’on pouvait le penser. Finalement, la peur d’une confrontation Est-Ouest et d’un hiver nucléaire dans laquelle vivait le monde bipolaire installé par la guerre froide se dissipe. La chute du mur de Berlin n’est plus loin. Les certitudes s’effondrent une à une. Dans son analyse des archives, Erwan Venn part du constat que le monde actuel ne conserve que peu de points communs avec celui dans lequel le programme Diamant se situe. Il nous donne à voir des éléments de ce monde disparu à travers une réappropriation de certains de ses aspects. On le voit, dans sa pensée, le contexte général est toujours évoqué par des souvenirs précis, marquants. Les archives participent de cette démarche de réappropriation d’événements plus larges à travers une chose vécue, un souvenir. Ainsi, pour élaborer ce nouveau récit à partir des archives, il les a parcourues et a recueilli un ensemble d’éléments qui répondaient à ses souvenirs d’enfance de conquête spatiale, réels et fictionnels, qu’il fait jouer ensemble. «L’archive est le témoin du point de vue d’un historien sur une époque. Il n’y a pas de rapport objectif… mais une multiplicité de visions, et donc les artistes peuvent avoir leur place dans l’interprétation de ces archives puisqu’ils vont eux aussi apporter un savoir même s’il demeure subjectif et arbitraire. […] Ils vont avoir un regard spécifique, qui a autant de légitimité qu’un historien. » Créer de nouvelles fictions historiques permet de renouveler les points de vue en apportant sur les faits un nouveau récit aussi valide et légitime que le récit canonique porté par l’histoire. Les archives présentent un récit de l’histoire de l’indépendance spatiale française mais elles n’excluent pas une multiplicité d’autres récits possibles, inspirés des faits qu’elles présentent.
«Je pense que l’art peut apporter des nuances, faire entendre des discours un peu à côté, parler de la complexité et apporter des réponses différentes – en tout cas, un récit différent. » Ce récit différent s’exprime à travers ses dessins, où il traite la thématique de l’indépendance du point de vue de l’acquisition d’une technologie de pointe pour la France. Il est attiré par les dessins techniques dont la précision témoigne de la réalité du projet.
«Le souci du détail renvoie à la précision, ensuite, du souvenir. C’est comme lorsque l’on joue enfant, il faut que ce soit très précis, on refait tout pour de vrai : la poupée mange réellement. C’est le détail, c’est bien par le détail que l’on va refabriquer l’élément et donner vie au jeu.» En exploitant la métaphore du jeu, il cherche à faire comprendre l’importance de l’incorporation d’éléments très précis issus de la réalité pour l’épanouissement du récit. Ainsi, le détail, tout comme le motif, est le support de la projection imaginaire, ce qui lui donne vie. Les archives deviennent par là le contenu de son oeuvre, elles l’inspirent et en même temps la composent sous une forme réinterprétée par l’artiste. L’élément réel qui a traversé les années sur le support de l’archive devient le soubassement du scénario projeté par l’oeuvre.

«Quand je m’empare des archives, elles ont une valeur intrinsèque, c’est déjà bavard. Mon intervention est celle d’une sorte de DJ, je choisis des échantillons, je réalise des collages et des montages, bref je me contente de changer la narration, de faire des remix. Je me sers des archives comme on va se servir de couleurs, c’est une donnée comme une autre. C’est de la matière, voilà, c’est de la matière.»

Dans son oeuvre, l’archive passe du statut de témoin historique, dépositaire d’une mémoire, à une forme. Ce n’est plus seulement le récit qu’elle porte qui est important mais celui qu’elle peut supporter par une réutilisation de sa forme. Un tel processus de création est donc semé d’esquisses, de dessins, de livres qui lui permettent d’expliquer ses sensations à la lecture des archives. L’oeuvre inspirée des archives du programme Diamant est en cela représentative de la démarche de l’artiste.
« J’ai vu dans ce projet l’opportunité de me replonger dans mes rêves d’enfants, J’avais 10 ans quand je suis allé voir Starwars au cinéma, et d’ailleurs, mon bureau est encore rempli des figurines et de jouets de mon enfance inspirés par l’espace. Un de mes premiers souvenirs d’enfant, c’est, en1969, les premiers pas de l’homme sur la Lune – à Saint-Malo. On était tout un groupe de personnes dans la rue derrière une vitrine avec des téléviseurs, je me souviens de ça, l’homme est sur la Lune…et dans l’imaginaire d’un petit garçon, c’est très puissant. »

Le programme spatial français montré dans les archives présentées fait écho aussi aux grands événements qui ont marqué l’imaginaire de la conquête spatiale. Tout afflue pêle-mêle dans la mémoire d’Erwan Venn et se place au même niveau. La recherche d’indépendance de la France renvoie à cette volonté de s’affranchir des limites terrestres marquée à l’époque par les programmes spatiaux, mais aussi, on l’a vu, dans l’imaginaire du jeune Erwan, par cette évasion rêvée à travers les motifs du papier peint.
« Les parallèles entre le micro et le macro, le souvenir personnel et le contexte historique, c’est ce va-et-vient qui va me donner l’occasion d’aller dans l’espace. La puissance de l’imagination me permet de réaliser mon rêve d’enfant, être astronaute. Je n’avais pas les aptitudes pour le devenir réellement, je ne peux donc pas aller physiquement dans l’espace, mais en imagination, je peux peut-être finalement m’y rendre.»

L’espace est aujourd’hui pour lui un moyen de se replonger dans cette nostalgie de l’enfance tout en gardant à ce dernier son aspect fantasmé. Cette oeuvre est une porte vers des souvenirs qu’il articule, met en opposition et rend complémentaires au récit de l’archive. L’archive, et ses récits, entrent alors dans cette circulation de motifs qui fondent et contraignent son imaginaire. Le satellite A1 s’incorpore aux motifs décoratifs du papier peint, la fusée Diamant décolle dans ces motifs, la salle de contrôle s’ornemente d’un décor mural. Les motifs techniques deviennent à leur tour décoratifs et recomposent un nouveau papier peint. Erwan Venn part à la conquête de l’espace et nous emmène dans un voyage où motifs et couleurs recomposent la tapisserie des sixties tissées par les archives du programme Diamant.
Propos recueillis par F.G.

https://vimeo.com/188671064